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Interview croisée de Reno Lemaire et Romain Lemaire, mangakas français !

Par GohanBlog

Lors de la dernière Japan Expo j’ai eu la chance d’avoir un rendez-vous avec deux mangakas français : Reno Lemaire, l’auteur de Dreamland et Romain Lemaire, son cousin, auteur du manga Everdark. Lors de cette interview croisée j’ai eu la chance d’en apprendre plus à la fois sur ces deux auteurs mais aussi sur leurs univers et le métier de mangaka en France. Une interview vraiment intéressante, dans la bonne humeur et qui clairement peut vous apprendre certaines choses. Merci à eux pour leur présence et merci à Pika Edition pour l’opportunité ! 

Bonjour Romain, bonjour Reno, vous pouvez vous présenter et nous expliquer votre parcours rapidement ? 

Romain : Salut moi c’est Romain, je suis l’auteur d’Everdark, je dessine depuis tout petit, une passion qui m’a suivie jusqu’à la FAC jusqu’au moment ou Reno m’a demandé de l’aider sur Dreamland. Ca à duré plusieurs années (8 ans), c’est durant ce travail d’assistant que je me suis senti prêt à proposer un dossier aux éditeurs. En 2014 j’ai donc envoyé mon dossier chez Pika Edition pour Everdark. 

Reno : Moi, il y a un très bon wikipedia (rires) … Reno, auteur de Dreamland, depuis 2006, je fais parti de la première vague, toujours là, avec 18 tomes. Autodidacte, passionné depuis tout petit. C’est vrai que contrairement à “Roro”, moi c’est pas les illus qui me plaisait au début, moi j’ai plutôt le goût de la narration. J’ai fait ma première BD j’avais 7 ans, depuis que je ne fais que des pages. C’est pour ça que techniquement on ressent une progression. Je suis pas spécialiste sur le dessin, je suis un raconteur d’histoires. Aujourd’hui je ne peux pas donner des histoires, on me dit souvent soit scénariste et laisse faire pour les dessins. Mais non, je veux aussi dessiner mes propres histoires et ça tombe bien, j’ai un petit coup de crayon ou je me suis entraîné pour. 

Quel genre de matos utilisez vous ? (plutôt a l’ancienne ou via tablette ?)

Romain : Je pense que l’on travaille de la même façon tous les deux. Tout ce qui est traditionnel, même si toi tu fais encore ton story board sur papier moi non, je le fais en numérique c’est plus rapide. Ce qui est crayonné, encrage, c’est à l’ancienne avec des vraies plumes (chinoises, japonaises …), des stylos… Après une fois que les pages sont numérisés, le tramage est fait en numérique aussi. C’est 50/50.

Reno : Moi j’suis un vieux de la vieile (rires), j’ai évolué avec la technologie. Si tu veux faire tout numérique en 2006, ça se voit. J’ai suivi le mouv, mais dans tous les cas je reste très traditionnel, je vais plus vite à faire mon story board en papier contrairement à Romain. Il y a toujours une phase numérique surtout pour les trames ou c’est un gain de temps incroyable maintenant via des logiciels comme Studio Paint (adoubé par les japonais), alors qu’au Japon il y a des assistants qui ne font que ça par exemple ! 

Comment organisez vous vos journées ?

Reno : on se connecte pour jouer à telle heure ….tu parles niveau gaming c’est ça ? (rires). On dessin le vendredi, sinon du lundi au jeudi on fait que jouer (rires).

Romain : J’ai un rythme assez particulier, je peux très bien me lever très tôt et me coucher très tard. Et parfois c’est l’inverse, j’ai un rythme irrégulier. En général je vais me coucher quand je suis très fatigué, du coup parfois je me lèvre vraiment tard (rires). Par exemple, la je suis au story board, donc je me lève, j’allume mon PC et je lance mon programme et j’arrête uniquement pour manger et m’occuper de mon chien. Je fais plus grand chose à côté. 

Reno : On a chacun un objectif à réaliser, du coup même si on en a marre, parfois on persiste pour y arriver. Il y a des scènes plus faciles que d’autres, mais il faut savoir enchaîner tout ça.

Romain : La je suis au storyboard, j’envoi pas 10 pages à Pika tous les lundis … Quand je passe à la phase crayonné j’envoie une page toute les semaines, il y a bien-sûr un objectif à atteindre. J’ai des objectifs à atteindre avec un deadline. Après si j’envoie 8 pages au lieu de 10 avec un décor de fou sur une double page ils comprennent que ça prend plus de temps et ils viennent pas me taper sur les doigts non plus.

Reno : Le but c’est de chopper un rythme, ils savent qu’on taff. Avec Romain, ils ont un petit rendez-vous hebdomadaire, peut importe si tu as rempli le quota qu’ils attendent… ils vont pas venir chez toi te fouetter si tu as envoyé que 8 pages au lieu de 10 (rires). Moi j’ai pas besoin de ce rythme parce que ça s’est fait à l’arrache au début, tu prends des habitudes, des mauvaises comme des bonnes et du coup moi j’ai une deadline au tome. Ils nous font confiance, ils savent qu’on bossent 10 heures par jours, parfois plus, on peut rien faire de mieux. 

Dreamland

Quel est le point fort et faible de l’un et l’autre ?

Reno : Il donne pas mal d’argent sur Final Fantasy XIV la … (rires). Non son point fort ? Sa précision, son souci du détail, mais c’est aussi son point faible… Son point fort aujourd’hui c’est qu’il n’est pas un lecteur de manga, c’est un joueur de jeu vidéo, de RPG en particulier. Je connais beaucoup d’auteurs, ils viennent de l’univers de la BD, ils lisent beaucoup de BD, Romain il en a moins, mais il a une connaissance que les autres ont pas, c’est l’univers du jeu vidéo et particulièrement des RPG japonais. Quand tu lis Everdark tu le ressens clairement ! On sent que c’est pas un mec qui a grandit avec un milliard de mangas, mais c’est un mec qui a grandit avec tous les RPG que tu as vu sur le net, c’est tout frais et tout nouveau et c’est sa force d’avoir autant de références aux jeux vidéo. Il est légitime, c’est pas comme ci il surfait sur une vague, c’est son ADN le J-RPG.

Romain : Point fort on va dire … l’impro ! Je l’ai jamais vu en difficulté. En y repensant c’est assez étonnant… En point faible, j’en vois pas. Niveau technique, chacun a son style, son dessin a bien évolué, Dreamland a évolué, techniquement c’est impressionnant maintenant ! En point faible honnêtement j’en vois pas trop, je sais pas, il veut allez trop vite des fois. Mais oui, en point fort, l’impro c’est son gros point fort, moi je réfléchis trop ! 

Reno : On est clairement complémentaires ! Mon point fort c’est son défaut, moi je fonce dans le tas et du coup parfois c’est approximatif. Lui se pose beaucoup de questions, ça peut être une force. Il y a pas de compétition entre nous. 

Seven Deadly Sins, en animé, comme en manga, c’est une folie et c’est validé par Reno et Romain ! 

Votre 3 top des mangas actuel  ?

Reno : Actuel ? Moi One Punch Man, Sevend Deadly Sins et …. Vas y Romain ! 

Romain : Berserk c’est la base, j’aime bien ce que fais Masato Hisa, j’aime bien Rookies, One Punch Man j’aime bien, mais j’ai pas encore tout lu … 

Reno : Ah oui, l’atelier des sorciers pour le 3ème ! 

Romain : En ce moment je lis plus trop mais ce que je lis surtout c’est des seinens ! J’ai lu beaucoup de shonen quand j’étais plus jeune mais la je suis plutôt seinen. 

Everdark

Quels conseils pourrais tu donner à ton cousin ?

Je donne pas de conseils à la base mais alors a mon cousin encore moins (rires). Je comprends la question, mais je ne suis pas quelqu’un qui est un donneur de leçons, j’apprends encore toujours les jours, donc ça serait n’importe quel auteur j’en donnerais pas et Romain encore moins. Je suis son grand cousin, on travaille ensemble depuis longtemps. Tu vois Everdark ça a rien avoir avec Dreamland, il a sa sensibilité et tout. Moi je découvre le bouquin, j’ai pas de conseil a donner. C’est les conseils de tout le monde que l’on se donne : faut être régulier, faut chopper un rythme, ça vient avec l’expérience. Le seul conseil finalement c’est de rester soit même. Hier il a fait de midi à 20h à la Fnac en dédicace sans bouger, c’est son délire, il a raison de se faire plaisir !  

Avez-vous d’autres projets en tête? Un autre manga ? des collaborations ?

Reno : des projets j’en ai plein en tête, comme je te disais je suis un raconteur d’histoires donc j’ai pleins de projets. Comme je ne me sens pas de les déléguer à d’autres dessinateurs, je veux les dessiner, même si Dreamland prend du temps … Dreamland tout est déjà écrit, même si il y a des choses que j’improvise en rajoutant encore de nombreuses choses dans cet univers. Je prends toujours autant de plaisir à dessiner Dreamland, j’ai déjà hâte de faire le tome 19. La je suis sur un autre projet qui sortira au Japon, je fais un oneshot sur Le roi Léo du mangaka Osamu Tezuka. C’est 30 pages, il y a d’autres auteurs internationaux qui le font également. Je le fais c’est cool, mais je vais beaucoup moins vite car j’ai qu’une envie c’est de faire le tome 19 de Dreamland.

Romain : Je suis sur le storyboard  tu tome 3 de Everdark. Déjà ça me prend tout mon temps, j’ai arrêté le sport (rires). Non réellement faut le faire bien, c’est un boulot qui prend énormément de temps et d’investissements. C’est ma première série je dois clairement pas me louper, je suis a 200%. Le tome 1 est dispo, on verra si ça plait. J’ai signé 5 tomes chez Pika, si les ventes sont au rendez-vous j’espère donc pouvoir faire plus. Mon histoire de base fait plus de 5 tomes. C’est toujours difficile de savoir sur combien de tomes l’histoire va se terminer, tu as envie de rajouter des choses, tes personnages tu les vies, il y a des scènes plus longues et c’était pas forcement prévue … Le tome 2, jamais j’aurais imaginé terminer à ce moment la, finalement j’ai eu des scènes plus longues. Là, mon tome 4 je sais comment je veux le finir idéalement, mais rien est joué. 

Reno : Il a raison, moi je sais comment va se terminer Dreamland, mais tu m’aurais dit t’es à ce niveau là au tome 18 j’y aurais pas cru clairement. Parfois une scène dans ma tête elle est compréhensible en 2 pages mais en réalité tu dois en faire 10 pour que ça soit bien clair. Avoir une idée de la longueur de sa série c’est possible, mais te dire précisément combien de tomes elle fera c’est presque impossible.

Romain : Si on rajoute c’est pas par plaisir, c’est pour ne pas bâcler un passage et rendre le lecteur frustré. On peut le faire, mais ça va se voir et souvent c’est le lecteur qui est déçu. 

Merci à Pika Edition pour la réalisation de cette interview croisée, merci à Reno et Romain pour leur gentillesse, disponibilité et sincérité, c’était vraiment un moment cool ! 

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