Suite à une très bonne conversation initiée sur le forum Gamers-Coalition concernant le fameux Playstation Pass, j’ai commencé à répondre, puis je suis parti dans une analyse plutôt complète. Au final, ça faisait quasiment deux pages, donc je vous partage ma réflexion ici même.
Pour essayer de comprendre le problème, je me suis demandé, quand on paye un jeu, à qui va notre argent et dans quelles proportions ?
Car la problématique est la suivante : Les jeux actuels possèdent quasiment tous un mode online qui requière une logistique importante même plusieurs mois après la vente. Ces coûts sont-ils donc devenu trop important pour ne pas être amortis sur le long terme, d’où l’arrivée d’un pass online ?
Comme dirait Norman :
Premièrement, ça voudrait dire que ce sont des gros manches en gestion et qu’ils ne savent pas calculer un prix de revient, et donc qu’ils vendent un jeu à perte. Et deuxièmement, ça fait des années que sur PC on joue online, et en plus les jeux sont bien moins chers…
La vraie raison, c’est que sur le marché de l’occasion les éditeurs ne touchent rien à la revente de leur jeu. Et ils aimeraient bien partager le magot avec leurs amis Mircomania & Co. Clairement, ils veulent se faire un bonus sur un produit déjà amorti.
Mais sur 70€, on paye qui et quoi ???
Sur un jeu à 70€, il ne faut pas l’oublier, mais le premier grand gagnant c’est l’Etat avec une TVA à 19,6%. L’Etat prend donc déjà 13,72€ du paquet. Il reste donc 56,28€ à se partager selon le schéma de l’afjv suivant :
Source : Antoine Lacroix
Un éditeur va donc toucher environ 25% de marge soit 14,07€. Vous comprenez bien que s’ils font 10€ à chaque revente d’occasion avec le pass, ils améliorent leur marge de quasi 70% et sans rien faire ! Pour simplifier, on pourrait même presque dire qu’avec 1 jeu, ils font marge double. Et oui dans la magie des finances 1 = 2 ! Du point de vue de l’éditeur, vous l’aurez compris, c’est vraisemblablement un calcul rapide et génial !
Pour la métaphore suivante, vous imaginez une belle armoire IKEA avec des petites serrures aux portes. Vous rachetez l’armoire d’occasion à votre gentil voisin M. Michu, mais surprise au petit matin, des lutins magiques de chez IKEA sont passés changer les serrures pendant la nuit. Et si vous voulez les nouvelles clés pour utiliser les portes et pas que les tiroirs, et bien il faudra redonner des sous à IKEA. – Fin de la métaphore -
Mais du côté de votre petit revendeur passionné du coin, ça se passe comment ?
Pour les petits détaillants, ce n’est pas le jeu neuf qui fait tourner leur affaire. Etant en bout de chaine et achetant peu de volume par rapport à la grande distribution, les petits revendeurs vont faire 7% à 8% de marge dans le meilleur des cas. Et 8% de 56,28€, et bien ça fait à peine 4,50€…
Il faut donc en vendre un paquet pour se dégager un salaire, payer le loyer du magasin, payer les charges fixes, faire de la publicité, payer le prêt effectué à la banque pour le lancement de la boutique, avoir de la trésorerie pour acheter de nouveaux jeux et aussi racheter de l’occasion… Tout ça mis bout à bout, et en faisant une estimation de la totalité des charges, ça voudrait dire que le gars devrait vendre entre 6 et 7 jeux neufs par heure, en travaillant 8h/jour et 20j/mois, s’il veut survivre.
Sur du jeu d’occasion, ils vont le racheter 15-20€ (sur leur propre trésorerie) et le revendre 40-45€. Dans ce cas là, c’est beaucoup plus intéressant pour eux, car il n’y a personne d’autre dans la boucle (banque/amortissement du stock mise à part) pour reprendre les 20€ de marge effectuée. C’est clairement sur l’occasion que se fait la plus grosse partie de la marge des petits détaillants, et cette marge leur est vital. Donc PNS PASS ou non, il faudra trouver une solution.
Donc maintenant il va se passer quoi ?
Hypothèse n°1 : Les jeux resteront à 40€ et vous devrez payer en plus 10€ de pass. Bref, un jeu d’occasion à 50€, c’est le prix du neuf livré chez soit sur internet en gros… On est de plus en plus à acheter sur internet en France, voir même de plus en plus sur les sites UK pour les prix plus qu’attractif, donc je pense que ce serait une erreur de choisir cette solution.
Hypothèse n°2 : Au lieu de revendre les jeux à 40€, ils seront revendus 30€ avec un pass à 10€ en plus ? Surement, mais les petits détaillants ne pourront pas sacrifier leur marge pour autant, c’est donc leur prix de rachat qui sera revu à la baisse. Quand vous voudrez revendre votre jeu, le vendeur vous dira « désolé, c’est un jeu playstation pass, on les reprend pas plus de 5-10€ »
Conclusion :
Voilà, quoiqu’il arrive… vous l’avez compris, c’est le consommateur final, qui comme d’habitude va l’avoir dans le c**. Car le prix de l’occasion restera sensiblement le même, mais ne vaudra rien à la revente. On paiera donc le même prix quelque chose qui a moins de valeur, pendant que les éditeurs augmentent grassement leur marge en profitant de l’effort de trésorerie des petits détaillants…
Je suis assez curieux de savoir ce que vous en pensez, donc lâchez vous, les commentaires sont là pour ça :D































