
S’attaquer au mythe du vampire est un exercice périlleux tant le sujet a été essoré par la culture populaire. Pourtant, le trio composé de Mathieu Gabella et Mathieu Mariolle au scénario, accompagnés par le talentueux Mikaël Bourgouin au dessin, réussit le tour de force d’insuffler une tension nouvelle et viscérale à cette thématique. Publié chez Glénat en ce début d’année 2026, Le Serment se démarque par une approche sombre, presque clinique, où le fantastique s’immisce dans les interstices d’un polar mafieux poisseux. Mais ce « one-shot » parvient-il à nous mordre au cœur dès les premières pages ?
Une immersion graphique chirurgicale
Là où beaucoup de récits de genre se contentent d’une esthétique classique, Mikaël Bourgouin livre ici une prestation magistrale. Son trait, à la fois précis et nerveux, capture parfaitement l’ambiance de cette clinique clandestine où officie notre protagoniste. Les jeux d’ombres sont profonds, et la colorisation, souvent froide et métallique, renforce ce sentiment d’oppression constante. Artistiquement, Le Serment est une claque. Les visages sont marqués par la fatigue et la peur, rendant chaque interaction humaine d’une rare intensité. La représentation de la menace vampirique n’est pas caricaturale. Elle est traitée comme une maladie, une déformation de la nature qui dégoûte autant qu’elle fascine. L’utilisation des cadrages serrés nous plonge littéralement dans le bloc opératoire, faisant de nous les témoins impuissants d’un compte à rebours sanglant.
Un thriller sous haute tension
Côté scénario, le duo Gabella-Mariolle nous propose un huis clos (ou presque) redoutable. Le point de départ est simple mais d’une efficacité redoutable. Un chirurgien déchu, habitué à recoudre des malfrats dans l’ombre, se retrouve face à un homme qui lui demande l’impossible. L’empêcher de se transformer avant la tombée de la nuit. Le Serment gagne en puissance grâce à son rythme soutenu. On ne s’attarde pas sur des explications superflues du folklore. On est dans l’action, dans l’urgence. La psychologie d’Alexandre, homme de science rationnel confronté à l’irrationnel, est le véritable moteur de l’histoire. Sa confrontation avec Zacharie, le chasseur mordu, crée une dynamique tragique. L’intrigue explore les recoins sombres de l’éthique médicale et de la survie, nous tenant en haleine jusqu’à un final qui ne laisse personne indemne.
Conclusion
En conclusion, Le Serment est une œuvre viscérale et hypnotique. Évidemment, son approche très sombre et ses scènes parfois crues ne plairont pas à tout le monde, notamment à ceux qui cherchent une version romantique du vampire. Néanmoins, pour les amateurs de thrillers fantastiques et de dessins puissants, c’est une réussite totale. Une lecture indispensable pour commencer l’année sous le signe du noir, magnifiée par le talent d’un dessinateur au sommet de son art.